Il m’a fallu 3 ans afin de réaliser cette trilogie de l’Acropole des draveurs.

J’ai aussi dû investir plusieurs heures de déplacement, d’ascension et de traitement photographique.

Je suis fier d’avoir pu compléter ce projet en 2015.

Course contre la montre

À 3 h 45  je me tortille dans mon lit, je n’arrive pas à me rendormir. Je sais que l’alarme de mon cadran retentira dans quelques minutes. J’ai hâte de compléter le projet avec la dernière photographie de la trilogie : l’hiver glacial. En même temps, je me demande si c’est une bonne idée de partir seul, j’anticipe la douleur aux genoux lors de la descente, je me demande si la température sera clémente,  tant de questions … inutiles à 3 h 45.

Je sais très bien que l’alarme est planifiée pour 3 h 55 am, je prends donc la décision de la devancer et de me lever doucement pour ne pas réveiller ma douce. Un bon déjeuner, les derniers préparatifs, j’emballe tout et je saute dans la voiture à 4 h 45.

La distance entre Québec et le Parc national des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie est de 168 kilomètres. À 7 h j’arrive,  je me stationne au bas de la montage et je la regarde, je la contemple, elle est haute, elle est belle, elle est mystérieuse, elle représente un beau défi et elle sera au coeur de mon succès, c’est simplement ma montagne favorite à proximité. Le soleil vient de se lever et le gris fait place à la couleur. Cet endroit est mystique, il offre un micro climat en constante mutation et la météo est rarement fiable. Il est temps de débuter l’ascension.

Sommet #1

À 8 h 55, j’atteins le sommet #1. Le vent est renversant et les nuages omniprésents, la visibilité est nulle. Je suis seul au sommet et il fait froid. La température vient de chuter d’environ 10 degrés et le sentier est recouvert de glace. J’enfile mon duvet et je récupère mes 2 bâtons de marche. J’ai confiance de demeurer au chaud et d’éviter ces chûtes que je redoute tant. Au cas où le pire surviendrait, j’ai un vieux cellulaire sans forfait dans mon sac et je sais que je peux compter sur le 911 en tout temps (c’est bien vrai, pas besoin de payer pour avoir accès au 911). Je prends quelques clichés de la nature congelée, je suis tout septique, est-ce que mon rêve se réalisera? Mes doigts de photographe gèlent perdent leur chaleur. Il est temps de bouger.

Sommet #2 de l’Acropole des draveurs

Au sommet #2, tout est blanc : le ciel, les plantes, les roches et les nuages. Malheur, le sujet principal de mon projet, le sommet #1, n’est toujours pas visible! Un vent massif et constant pousse ces nuages intermittents à la queue leu leu. Il est impossible de déterminer si un éclairci me fera un clin d’oeil aujourd’hui.

La patience du photographe

Le photographe se doit d’être présent au bon endroit et au bon moment. Partout dans la littérature, cette qualité est présentée comme étant une des plus importante. N’espérez pas prendre une photo magique d’un paysage à midi en plein soleil, attendez plutôt au coucher de soleil ou planifiez son lever. Attendez les nuages afin qu’il diffusent la lumière de votre sujet. Tous ces concepts s’appliquent sauf en macrophotographie où je préfère le plein soleil lorsque les tubes d’extension sont utilisés.

Alors, je patiente …

Attente

Après 55 minutes, à attendre ma vision, je commence à trouver le temps long. Mes orteils et mes mains préféreraient se faire dorer au soleil (avec de la crème solaire bien sûr), mais j’ai une mission, je veux ma trilogie et enfin finaliser le projet. Malheureusement, je suis à la merci de Dame nature. Elle qui nous offre tant, qui nous nourrit, qui nous fait vivre, je ne peux pas lui en vouloir, je l’aime tant.

Un clin d’oeil espéré

Après plusieurs minutes à patienter seul au sommet, Dame nature me fait un clin d’œil. Pendant moins de 2 minutes, les nuages, près du sommet #1, se dissipent et voilà ma chance. L’adrénaline et la pression fusent, ma vigilance augmente, mes sens s’éveillent et mon corps oublie soudainement le froid qui l’envahi. « Fight or Fly » ce vieux réflexe de l’Homme, me donne la concentration et la la chaleur nécessaire pour accomplir ma mission efficacement.

Satisfaisant?

Ma composition est-elle bonne? Que dire de mon paramètre ISO? f/13 convient? Est-ce ma vision enfin réalisée? Tant de questions surgissent. On m’a donné que 3 minutes pour prendre ce cliché et je ne suis pas convaincu par l’aperçu sur mon petit écran.

Je prends donc la décision de poursuivre mon attente.

On a qu’une chance

On a souvent qu’une chance afin de saisir « l’instant décisif » tel que décrit par Henri Cartier-Bresson.  Malheureusement, attendre 45 minutes de plus ne m’a rien donné. Les nuages ont obstrués ma vision me donnant aucune chance. J’ai donc pris la décision de prendre le chemin du retour et de la chaleur.

Bien cachée

Bien cachée, cette chute est magnétique et m’attire à chaque fois. Quelques clichés de plus, je le mérite bien 😉

Henri Cartier-Bresson

Je marchais toute la journée, l’esprit tendu, cherchant dans les rues à prendre sur le vif des photos comme des flagrants délits. J’avais surtout le désir de saisir dans une seule image l’essentiel d’une scène qui surgissait.

Henri Cartier-BressonPhotographe français
Ansel Adams

A great photograph is a full expression of what one feels about what is being photographed in the deepest sense, and is, thereby, a true expression of what one feels about life in its entirety.

Ansel AdamsPhotographe américain

Pour terminer en beauté, merci de partager!